LES MONNAIES LOCALES FAVORISENT L’ÉCONOMIE DE PROXIMITÉ, L’AUTONOMIE LOCALE ET LA SOLIDARITÉ

« L’argent dirige le monde » dit-on souvent. C’est exact, mais actuellement il s’agit plus spécifiquement du pouvoir de la finance privée sur les dettes publiques. Ce pouvoir passe surtout par la privatisation des emprunts publiques nationaux et dans une moindre mesure par notamment par la privatisation de la création monétaire nationale. Au plan local, la création monétaire peut contribuer à soutenir la production et l’emploi locaux. Les monnaies locales s’avèrent complémentaires aux monnaies régionales, nationales, continentales et à une monnaie mondiale. La création de monnaies locales favorise aussi l’économie de proximité et sont une façon de se réapproprier la connaissance, les mécanismes et donc le pouvoir de la monnaie.

Un billet de 10 pives, dont la valeur est de 10 euros ! Mais dont l’utilisation est donc volontairement limitée à la Franche Comté. Ce nom provient de la pomme de pin.

La création de monnaies locales favorise l’économie de proximité.  Parallèlement à une monnaie nationale ou continentale, telle l’euro, le dollar ou le yen, il existe des monnaies locales à l’échelle d’une ville, d’un département ou d’une région. La création d’une monnaie locale contribue à relocaliser la consommation, donc la production et favorise donc la consommation, dans la localité. C’est le cas par exemple de la Pive dans la région de la Franche Comté depuis 2017, l’Eco à Chambéry depuis 2014, l’Eusko au pays Basque depuis 2013, le « Renoir » à Cagnes sur Mer depuis 2016, l’Epi Lorrain depuis 2012, le Sol-violette dans le bassin toulousain depuis mai 2011. Sans oublier les « précurseurs » : Les lucioles ardéchoises (printemps 2011), les Abeilles (janvier 2010, à Villeneuve sur Lot) et on pourrait même rattacher celle de la Lignière en Berry (1956 – avec un projet redémarré en 2016), Cette dernière semble bien être la plus ancienne monnaie locale française depuis la création du Franc, puis de l’Euro. Ces monnaies locales prennent la forme de monnaie papier ou de monnaie informatique inscrite dans une carte à puce électronique. En effet lorsqu’un agent économique n’a pas d’autres possibilités que d’acheter certains biens en monnaie locale, ou qu’un salarié est rémunéré partiellement ou complètement avec cette monnaie, ils ne peuvent pas effectuer d’achats en dehors du territoire qui a créée et qui utilise cette monnaie locale. Cette dernière contraint donc les consommateurs, les commerçants et les producteurs à acheter localement et non pas sur d’autres territoires à l’échelon national ou international. Ce qui favorise l’économie locale, l’économie de proximité. Par conséquent, on voit que la monnaie locale contribue au développement local économique, social, culturel, écologique.

La création monétaire peut contribuer à soutenir la production et l’emploi locaux. Elle consiste à prêter de la monnaie scripturale (c’est à dire réaliser un crédit sur un compte bancaire, par une écriture) ou faire marcher « la planche à billets », c’est à dire à créer de nouveaux billets de banque, ou de nouvelles unités de monnaie locale, telle la Pive. Les banques traditionnelles disposent de ce pouvoir et l’utilisent régulièrement. Elles étaient autorisées à effectuer 8 fois plus de crédit qu’elles ne disposaient de fonds propre, mais à présent, elles sont autorisées à prêter bien plus que 8 fois leur ressources. La création monétaire permet de soutenir l’investissement par des prêts à taux faible et donc elle peut favoriser la création d’emplois (sociaux, écologiques, culturels…). Pour soutenir le développement économique et l’emploi, la création monétaire est un instrument complémentaire, à subventions publiques qui proviennent des différentes formes de prélèvements, tels les impôts et les taxes. Cependant, la création monétaire ne peut pas s’y substituer. De plus, il faut veiller à éviter ne pas utiliser la création monétaire, avec excès, car elle accroit artificiellement, la masse monétaire et entraine une dévaluation de la valeur de la monnaie, donc une inflation et par conséquent, notamment la perte de pouvoir d’achat des salariés dont le montant horaire de leur salaire est fixe.

Les monnaies locales s’avèrent complémentaires aux monnaies régionales, nationales, continentales et à une monnaie mondiale. Une monnaie locale dispose néanmoins de certains inconvénients. Elle peut limiter les prélèvements d’impôts nationaux, donc la possibilité de redistribution des richesses, puisque la production se fait en monnaie locale. Pour éviter ce biais, il s’avère néanmoins possible de taxer et d’imposer les bénéfices des producteurs locaux, sur la base de cette monnaie locale. Cela complique un peu le travail de la collecte des d’impôts et des taxes, puisqu’il faut jongler avec deux monnaies, ou mêmes plusieurs.

Les monnaies communes, telle l’Euro permettent principalement d’éviter certains inconvénients possibles générés par les monnaies nationales, telle le Franc français, le Deutschemark allemand, la lire italienne… Ces dernières favorisent la compétition monétaire entre les nations, notamment par la dévaluation compétitive de sa monnaie par un gouvernement ou par la spéculation sur les monnaies par des acteurs financiers en vue de générés des profits pour eux-mêmes. Ces différents procédés nuisent entre autres à la stabilité économique des territoires liés à ces monnaies. Si elles se développaient beaucoup, les monnaies locales pourraient à terme subir ce même type de dérives liées à la compétition et de spéculation. C’est le cas par exemple de la monnaie nommée, le Bitcoin qui fait l’objet d’une forte spéculation depuis 2017, car son nombre d’unité est limité en nombre (1)GUINOT  Danièle, « Le bitcoin au cœur d’une folle spéculation », Le Figaro, 14/11/2017.. Cependant, le bitcoin, crée en 2009, s’avère une monnaie numérique virtuelle internationale. Elle n’est donc pas localisée, à la différence des monnaies locales.

En matière de politique monétaire, il existe deux écueils à éviter, l’excès de gestion globalisante ou de gestion localisée. Au plan global, une monnaie continentale, telle l’Euro par exemple, limite l’autonomie monétaire et donc l’autonomie budgétaire de la nation, de la région ou de la localité. Cela limite donc la démocratie économique, donc l’autonomie, c’est à dire la souveraineté économique du peuple lié à un territoire donné. L’autonomie économique monétaire se révèle liée notamment liée, au pouvoir régalien de la monnaie et permet de jouer sur le niveau des taux d’intérêts. Lorsqu’on abaisse ces derniers, cela contribue à relancer la création des prêts, donc cela dynamise la production, la consommation et l’emploi. Cependant, cela accroit aussi l’inflation sur les prix nationaux, mais aussi les coûts des marchandises importées de l’étranger qui sont facturées dans une autre monnaie dont la valeur est plus forte. Par contre, lorsqu’il y a de l’inflation, cela favorise l’exportation, car la valeur de la monnaie diminue par rapport à celle des autres pays.

A l’inverse, lorsqu’on augmente les taux d’intérêts, cela produit l’effet opposé, cela renchérit le court de la monnaie et cela favorise les importations car leur cout s’avère moins élevé pour l’importateur ou le consommateur. C’est aussi à l’avantage des créanciers, des prêteurs, qui n’ont pas intérêt à la croissance de l’inflation des prix et donc à la perte de la valeur d’une monnaie. Car cela diminue leurs bénéfices, puisque les sommes remboursées perdent de leur valeurs, si les taux d’intérêts sont fixes et les sommes à rembourser sont stables. C’est ce qui s’est passé en France durant les trente glorieuses entre 1945 et 1975. A l’initiative du think tank du Mont- Pèlerin, des économistes tels Hayek, Friedman et l’école de Chicago ont impulsé des politiques financières néolibérales, pour que les institutions financières mondiales fassent pression sur les gouvernements, afin de modifier la politique monétaire en limitant les taux d’intérêts et l’inflation dans les différentes nations et dans le monde. C’était l’intérêt des classes les plus riches, cependant une inflation trop forte nuit aussi au pouvoir d’achat des salariés.

C’est pourquoi les monnaies locales, intermédiaires et mondiales sont complémentaires. Cependant, il faut parvenir à utiliser leurs avantages, en cherchant à éviter autant que possible leurs inconvénients, même s’il s’agit d’un compromis et d’un équilibre relativement difficile atteindre.

Thierry Brugvin, Docteur en sociologie auteur du livre « Le commerce équitable et éthique », L’Harmattan

Notes et Références   [ + ]

1. GUINOT  Danièle, « Le bitcoin au cœur d’une folle spéculation », Le Figaro, 14/11/2017.

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