« Enjeux démocratiques des monnaies en alternative à la crise? »

Conférence de Patrick Viveret, le dimanche 19 mai 2013 à 20h30.

Un grand merci à Hélène Cassagnes pour la prise de ces notes qui permettent de nous rendre compte de l’intervention de P. Viveret : « ils n’engagent que ma compréhension personnelle, j’espère ne pas avoir déformé la pensée du conférencier. »

Une alternative à la crise actuelle suppose un processus de transformation profonde. Transformation, Transition, Métamorphose : l’enjeu actuel est plus vaste qu’une simple «sortie de crise». La crise est cette période de Clair-obscur que nous traversons quand le monde ancien tarde à disparaître et que le monde nouveau tarde à apparaître. Dans ce temps apparaissent des monstres mais aussi les germes du nouveau paradigme.

Aujourd’hui nous devons faire face à une triple insoutenabilité :

  1. Insoutenabilité écologique : la concentration en CO2 atmosphérique a en effet franchi le seuil symbolique des 400 ppm. L’ Inde a construit un mur de plus de 4000 kms pour se protéger de l’immigration des bangladais (1000 habitants au km2 ) qui souffrent des conséquences des catastrophes naturelles.
  2. Insoutenabilité sociale: l’aggravation des inégalités sociales car nous vivons une forme de l’ultra-capitalisme avec une logique d’apartheid social mondial
  3. Insoutenabilité financière du modèle dominant. La globalisation financière amène le système à une crise insoutenable.

Au cœur de cette triple insoutenabilité nous faisons le constat du couple qui associe démesure et mal-être. Voir Bernard Lietaer: la démesure de l’économie spéculative

Le Wallstreet journal écrit: « les deux seuls sentiments qui ont cours à Wall Street sont l’Euphorie et la Panique»

C’est ce couple Euphorie-Panique qui engendre la psychose maniacodépressive dans les milieux financiers faisant perdre à ses acteurs tout contact avec le réel. . Nous constatons donc que les acteurs du système se trouvent dans un état pathologique et que bon nombre de trader sont dopés à la cocaïne. ( la moyenne de temps accordé à un trader pour prendre des décisions qui engendrent les plus importants flux financiers est actuellement de 5 secondes). L’opacité de l’information évite de nous révéler que les logiciels financiers sont des robots dont les mouvements sont mimétiques.

Face donc aux automatismes plus à la psychose il existe bien des gens qui réagissent avec rationalité. Oui mais Ils ont alors une vision de sang froid qui mène au plus haut degré du cynisme (voir le fonctionnement de Goldman Sachs)

Au cœur des marchés financiers ce à quoi nous devons faire face ce sont: des robots- des malades et des cyniques car le mal-être est directement lié à la démesure.

Pour preuve encore de cela nous pouvons remarquer que les sommes dépensées dans le marché des drogues ou celui de l’armement sont plusieurs fois supérieures à celles dépensées pour pourvoir au nécessaire de la vie. Nous sommes bien donc dans une économie de gestion du mal-être.

Et pour cela on dépense environ 10 fois en publicité les sommes que l’on prétend ne pas avoir pour les besoins élémentaires. Pourquoi? Parce que plus on détruit la nature et plus on en vante la beauté. On assiste face au mal-être à de gigantesques dépenses compensatrices et consolatrices à travers la pub.

 

Quelle est donc l’alternative à la démesure ? C’est tout simplement l’acceptation des limites.

Face au duo Démesure- Mal-être on réplique par le couple Simplicité- Joie de vivre

Cette question de la simplicité associée à la joie de vivre devient alors une question éminemment sociétale

Donc on en arrive à décrire des types de stratégie apparentés à celles des territoires en Transition, transformation, métamorphose.

Certes la lucidité sur ce qui se passe actuellement peut engendrer des logiques de peur aussi est -il important d’avoir des logiques de déblocage du désir vers des futurs souhaitables.

De là émane un essentiel changement de posture dans notre rapport à la monnaie.

Pourquoi parle t-on de monnaie?

Symboliquement l’argent évoque un métal précieux qui est sensé avoir une valeur intrinsèque.

La monnaie, elle, est une unité de compte qui comme le mètre ou le kilo doit être simple, stable et qui doit garder son statut d’outil.

Cela suppose de s’affronter au système dominant !

Le premier problème est la lutte sur la privatisation du pouvoir de création monétaire

mais le problème le plus important est la lutte contre le blocage culturel engendré par le système actuel dominant. Ainsi la transformation de nos représentations personnelles est -elle intimement liée à la transformation collective. Cette lutte contre le blocage culturel en nous-même passe par l’effort de laïcisation, de désacralisation et de réappropriation de la monnaie. C’est ce que proposent les monnaies citoyennes par leur mode de fonctionnement.

Questions dans le débat

Question : Actuellement les monnaies citoyennes se disent complémentaires à l’euro mais la question se pose de savoir en quoi les monnaies seront elles complémentaires dans le cas où le système actuel s’effondrerait ?

Réponse de P. Viveret : les monnaies sont dites complémentaires actuellement pour des raisons pédagogiques. La complémentarité n’est pas une fin en soi, elle est actuellement conjoncturelle. Il est donc bénéfique et souhaitable de s’associer pour préparer le futur aux accorderies, aux banques du temps (SEL et JEU) et ainsi de reprendre le pouvoir sur nos propres vies

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Question : En quoi sont bénéfiques les «banques du temps»?

Réponse: la nature elle ne nous fait pas payer mais les êtres humains dans l’ensemble ne s’aiment pas encore assez entre eux pour donner sans compter. Les banques du temps assument elles la réelle fonction de l’économie. En effet c’est par leur comptabilité et leur unité de temps qu’elles ont une fonction pacificatrice car. Ce qui est en jeu réellement dans la monnaie c’est de créer une mémoire de l’échange. L’économie actuelle a oublié sa fonction qui est d’être pacificatrice . C’est cette fonction pacificatrice qui est sa réelle valeur ajoutée face au religieux et au politique.

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P. Viveret nous propose une stratégie dynamique vers la métamorphose de la société en 4 lettres: R.E.V.E. En associant les 4 nous découvrons la force de vie naturelle

  • Résistance ( résistance sans vision = révolte désespérée)
  • Expérimentation ( si il n’y a que l’expérimentation on risque de se faire instrumentaliser)
  • Vision ( Vision sans résistance = état flou sans consistance)
  • Evaluation comme fonction démocratique de mise en débat sur ce qui fait réellement valeur

Les monnaies citoyennes ne sont pas simplement une des formes modernes du trafic d’indulgences pour s’acheter un brin de déculpabilisation et un petit bout de paradis. Elles doivent veiller à une réelle réappropriation citoyenne en actes sur le terrain. On est là au cœur de la question des «changements de posture». ce sont les changements de posture de vie qui sont in fine en cause. Les captations de pouvoir , de savoir et de richesse sont du côté de la peur. On ne va à la racine de l’aveuglement sur la captation du sens que si l’on travaille sur les alternatives à la peur. Dans tout système de démesure il y a de l’excitation. Aussi face au duo excitation-dépression ou Euphorie-Panique , on propose une posture de résilience en associant : Intensité-sérénité. Créons donc des conditions pour que les collectifs se retrouvent en allant vers la Joie de vivre.. Mais la joie de vivre ne va pas de soi pour l’humain et dans l’actuelle condition humaine nous devons réapprendre les moyens de créer les conditions pour aller vers la joie.,

 

Question:comment pourrait-on ressentir tout cela «ici, maintenant et sans attendre»?

Réponse de P. Viveret : il demande à Dominique sa femme si elle veut bien nous transmettre «la douche énergétique». Dominique nous fait alors prendre conscience sensiblement et corporellement de la première richesse que nous avons et que nous partageons en étant simplement là ensemble. C’est la richesse de nos cinq sens ! Et c’est alors là que nous vivons un réel «changement de posture», une véritable expérimentation et une prise de conscience de la richesse que nous pouvons partager dans l’attitude de simplicité-joie de vivre

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Question : que fait -on en cas de choc traumatique ?

réponse de P. Viveret: le plus facile c’est la ruine matérielle. Le vrai problème est la panique et le désespoir. Une catastrophe est bien gérée si on a créé de la solidarité et les conditions de l’espérance. La question fondamentale est « comment travaille-t-on sur la confiance en autrui qui est liée à la confiance en l’avenir?» Ces questions là donnent une vision beaucoup plus ambitieuses aux monnaies citoyennes . Une monnaie commune se doit d’agir dans la sphère de l’économie réelle sans spéculation et elle se doit de créer une valeur ajoutée dans le domaine social et écologique

 

dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen il est dit : Art. 14: “Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée”.

 

Question: qu’en est-il de la monnaie fiscale gagée sur le temps?

Réponse: lire Bruno Théret

http://veblen-institute.org/IMG/pdf/monnaies_temps_bruno_theret_fr_.pdf

et aussi pour l’acceptation de la contribution temps lire Bernard Lietaer au sujet de l’étude pour une monnaie mondiale fondante «la Terra»

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Question: le gage fondamental n’est il pas les humains et la terre nourricière ?

Réponse: ne faudrait il pas faire un audit des richesses réelles ? Et lancer un débat et une enquête sur ce qui fait réellement richesse ? Proposer un débat entre les villes en transition et les paradis fiscaux par exemple . ? le seul fait de mettre en débat ce type d’idées est signe de créativité positive

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Question: qu’est ce que la légalité ?

Réponse: il y a trois types de légalité

  • la légalité légitime
  • la légalité discutable
  • la légalité illégitime

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Question: que faire en cas de conflit

Réponse: Le désaccord n’est jamais un problème. Les problèmes viennent des malentendus. Nous avons expérimenté des ateliers de désaccord. Dans la boite à outils les désaccords sont de grandes richesses

le conflit est d’ailleurs ce qui permet d’éviter la violence

On ne peut utiliser correctement cette boite à outils que si on est dans la posture