Le Bitcoin, du côté du problème, pas de la solution

Très souvent, aujourd’hui les medias font l’amalgame entre MLC et Bitcoin. Philippe (Derudder) fait ici un point utile.
Il peut être aussi utile de consulter ce compte-rendu de la commission des finances du Sénat concernant les enjeux liés au développement des monnaies virtuelles de type bitcoin. C’est une très riche source d’informations …
http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20140113/fin.html#toc3

Faire un amalgame des monnaies numériques avec le Bitcoin, est certainement un raccourci trop caricatural. Car on ne peut définir une monnaie par son seul support. C’est l’intention qui compte. Toutefois en l’état actuel des choses, la plupart des monnaies virtuelles existantes différent peu de l’intention du Bitcoin qui est de loin la plus connue. C’est donc le bitcoin que nous considérerons ici.

Qu’est-ce que c’est et d’où viennent les bitcoins ?

Il n’y a ni Banque centrale ni aucune autorité d’émission et de gestion du bitcoin. C’est une monnaie exclusivement numérique créé à partir d’un protocole technique lié à un algorithme. En d’autres termes, c’est une invention purement virtuelle qu’il n’est pas possible de posséder physiquement. Il faut télécharger une application ou s’enregistrer sur un site spécialisé donnant accès à cette monnaie. Ce faisant, l’utilisateur appelé “mineur”, accepte de mettre une partie de la puissance de calcul de son ordinateur au service de la résolution de sortes d’équations informatiques de plus en plus difficiles. C’est ce qu’on appelle “miner” les bitcoins. Il suffit de laisser son ordinateur travailler et résoudre le problème qui lui est soumis et lorsque la machine trouve la solution : eureka, des bitcoins sont créés et reversés. Résoudre une équation rapporte, à l’heure actuelle, 25 bitcoins.
le(s) fondateur(s) de bitcoin – un internaute seulement connu sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto a conçu le système de sorte qu’il ne pourrait jamais y avoir plus 21 millions de bitcoins en circulation. Un chiffre qui devrait être atteint vers 2030. Pourquoi cette limitation? Il ne s’en n’est pas expliqué mais la valeur d’un bien ne dépend-elle pas de sa rareté ?

Quelle valeur a le bitcoin et comment est-elle fixée ?

Comme les autres monnaies, la valeur du bitcoin, exprimée en dollars américain, est fonction de l’offre et de la demande. L’évolution du prix du bitcoin a connu plusieurs périodes distinctes. Alors qu’il s’échangeait à moins d’un millième de dollar à sa création en 2009, il atteint 0,3 dollar en avril 2010, puis la parité avec le dollar en février 2011. La crise chypriote crée un intérêt soudain pour cette monnaie qui prend alors figure de valeur refuge. Le 16 mars 2013, il est côté à 47 dollars… le 9 avril, 230 dollars, tombe à 76 dollars puis grimpe, grimpe jusqu’à 1000 dollars fin novembre 2013. Mais voilà que la plus grosse plateforme d’échanges, Mt Gox qui réalisait presque le sixième des transactions en bitcoins dans le monde, ferme brutalement le 24 février 2014, victime semble-t-il d’un piratage informatique qui aurait entrainé un siphonnage de centaines de milliers de Bitcoins estimé à un montant de 350 millions de dollars ( à confirmer…). Depuis le cours est remonté aux environs de 600 dollars en moyenne sur les autres sites… le bitcoin révèle ainsi d’un côté sa haute volatilité et sa fragilité ce qui ne fait toutefois pas fuir les investisseurs tant les promesses de forts gains à court terme sont alléchantes.

Quelles sont les différentes manières pour avoir des Bitcoins ?

Il y a 3 façon d’en posséder :

  • Avoir la chance que notre ordinateur ait fait partie de la résolution de l’équation
  • Vendre des biens et services en bitcoins
  • En acheter sur les plateformes d’échanges spécialisées

Que peut-on acquérir en bitcoin ?

Pour le moment encore, cette monnaie électronique n’est que très peu connue et utilisée par le grand grand public. Elle intéresse surtout les amateurs de spéculation qui s’en servent essentiellement pour jouer sur les taux de change et effectuer des micro-transactions sur certains sites qui acceptent cette monnaie. Elle attire aussi par le fait que les transactions sont gratuites, totalement dérégulées et anonymes, ce qui n’est pas pour déplaire aux acteurs d’économies souterraines et à ceux qui ont besoin de blanchir de l’argent.

Notre point de vue sur cette monnaie

Est-il nécessaire de le préciser? Même si les monnaies numériques de type Bitcoin entrent dans le champ des monnaies complémentaires, nous ne leur reconnaissons aucunement le potentiel de transformation socio-économique que portent les monnaies que nous avons présentées dans les autres rubriques.

Quelle est l’intention des fondateurs ? Ils restent discrets sur ce point. Nous voyons un désir de faire un pied de nez à l’oligarchie bancaire actuelle en concevant un système n’obéissant à aucune autorité centralisée pouvant manipuler les choses au profit de quelques privilégiés.

La démarche n’est certes pas inintéressante mais en dehors de cela le Bitcoin reste dans la logique dominante :

  • L’enrichissement monétaire reste une fin en soi.
  • La masse monétaires est artificiellement raréfiée.
  • Sa valeur n’est appuyée sur aucune richesse réelle, elle est purement spéculative.

Ces trois caractéristiques à elles seules sont au cœur même des crises qui nous frappent, elles sont le problème et non la solution.

Les monnaies décrites dans les autres rubriques sont toutes, à des degrés divers, au service d’une évolution visant à donner naissance à une société de suffisance, d’équité où le respect du vivant conditionne les modes de vie et où la monnaie redevient un simple moyen.

Philippe Derudder

 

4 commentaires sur “Le Bitcoin, du côté du problème, pas de la solution”

  1. J’ai lu votre article avec intérêt et souhaite à mon tour apporter un complément.

    J’utilise des Bitcoins depuis deux ans, et contrairement à ce que vous écrivez, le Bitcoin est assez largement utilisé. Certes des activités spéculatives existent, cependant, des milliers de boutiques et entreprises l’acceptent déjà comme moyen de paiement. Pour exemple, j’ai acheté en octobre 2014 des panneaux solaires et du matériel photo-voltaïque en France, en utilisant mes bitcoins et non mes euros.

    Par ailleurs, il apparaît « normal’ de prendre le Bitcoin en exemple pour parler des monnaies digitales, il en constitue le navire amiral. Cependant, réduire les monnaies digitales – ou crypto-monnaies – au seul Bitcoin est trompeur.

    Je suis actuellement dans l’équipe de développement d’une monnaie digitale, nommée « l’Orbitcoin ».
    Cette monnaie existe pour servir un objectif bien défini : être une plateforme de promotion et de crowd-funding des projets scientifiques à petit budget tournés vers l’espace (astronomie, mini-satellites, etc.).

    Il s’agit pourtant bien d’une monnaie, elle peut d’ores et déjà, via un processeur de paiement, être utilisée pour régler une facture EDF, par exemple. Elle possède déjà un cours, avec une parité en euros, en dollars et en bitcoins.

    Mon expérience m’amène donc à pouvoir affirmer que :

    – l’enrichissement personnel n’est pas plus une fin en soi pour les monnaies digitales que pour toute autre MLC ;
    – par l’utilisation d’un nombre limité d’unités (qui ne reste que théoriquement atteignable), il est possible d’indexer une monnaie digitale sur une matière première (or, titane, hélium etc.) à moindre coût (achat d’une réserve, impact environnemental) ;
    – la valeur des monnaies digitales repose sur l’activité des personnes l’utilisant, comme toute autre monnaie.

    Je pense également que le procédé technique du « blockchain » (ou chaîne de bloc) est LA solution pour la fonte des MLC.

    1. bonjour, sur Nancy, nous envisageons de creer une monnaie locale complementaire fondante et je souhaite me mettre en contact avec les promoteurs de l’orbitcoin. Mon courriel darehar@gmail.com
      cordialement Damien

  2. Votre analyse du Bitcoin présente un défaut majeur (défaut récurrent que l’on retrouve dans plus de 95% des critiques et des articles assez « généralistes » concernant le Bitcoin) : Vous n’avez visiblement pas VOUS-MEME essayé le Bitcoin; vous ne l’avez pas testé; vous n’avez certainement rien acheté en Bitcoins, ni effectué aucune transaction…
    Je suis étonné de constater, depuis que je m’intéresse au Bitcoins, que les leçons de la période Renaissance (cinq siècles auparavant quand même…) n’aient pas été bien comprises : il faut EXPERIMENTER soi-même pour essayer de remettre en cause les « vieux principes »…
    Je ne me permettrai pas, pour ma part, de critiquer les MLC avant de les avoir utilisés…
    Il existe des milliers de critiques et d’articles concernant le Bitcoin… mais la plupart du temps, les journalistes et les critiques se contentent de reproduire ce qu’ils ont lu ailleurs (merci Wikipedia) et ne veulent pas investir quelques heures de leur temps pour tester eux-mêmes le Bitcoin…
    Le commentaire de J. Favier est beaucoup plus instructif (et puis, lui, au moins, il sait de quoi il parle…).

  3. Votre présentation du bitcoin est d’un grand classicisme. Elle est aussi d’un grand conformisme. On ne possède physiquement l’euro pas davantage que le bitcoin : si on perd le billet il est perdu, si on perd son numéro de compte on a des problèmes, si la banque saute… etc. Les livres de compte sont gérés ailleurs et différemment, mais l’euro n’est pas une pépite.

    Je n’épiloguerai pas sur le faible intérêt qu’il y a de rappeler l’absence de banque centrale pour émettre et gérer le bitcoin. Il aurait été plus amusant de souligner que, comme l’euro cette fois, le bitcoin n’a pas non plus de gouvernement pour le soutenir (dans tous les sens que l’on voudra donner au mot soutenir) : l’état américain (dont l’extravagante puissance militaire ne peut être omise quand on fait l’inventaire des caractéristiques du dollar) vient de rappeler que toute transaction en dollar est passible de Sa Justice. Les nains châtrés européens ont baissé le regard devant l’ogre et l’affaire ne profite qu’au yuan. L’euro, en dépit des pompeuses promesses de 1992 à 2002 n’a jamais été qu’une monnaie de petits vieux.

    Mais puisque votre analyse est platement aristotélicienne quand vous en venez à considérer comme purement virtuelle un protocole d’échange d’information répondant à une logique mathématique située dans le ciel des Idées, pourquoi ne saisissez-vous pas ce qui, dans le bitcoin, répond si directement à ce que dit l’auteur de l’Ethique à Nicomaque (V,9) : « c’est le besoin que nous avons les uns des autres qui, dans la réalité, est le lien commun de la société qu’il maintient ». S’il est bien vu que le bitcoin, à l’origine, s’obtenait en échange d’une partie de la puissance de calcul d’un ordinateur, vous croyez que c’est au service de la résolution de sortes d’équation (soudain suffisamment existantes pour avoir des serviteurs) quand on pourrait tout aussi bien écrire au service de la communauté qui a adopté ce moyen d’échange.

    Reprenons Aristote là où nous l’avons interrompu : « Si les hommes n’avaient point de besoins, ou s’ils n’avaient pas des besoins semblables, il n’y aurait pas d’échange entre eux, ou du moins, l’échange ne serait pas le même  »

    la suite sur mon blog: http://www.lavoiedubitcoin.info

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