Une courte histoire des MLC en France

Janvier 2010 – janvier 2014 : apparition de l’Abeille et depuis : essaimage des MLC.

Je me permets de vous faire part de ma contribution à une courte histoire des MLC en France.


Je vais la simplifier car je crois qu’elle apparaît très confuse à beaucoup :

1- Les précurseurs viennent de l’écologie, de l’altermondialisme, de la pratique des SEL. Les quasi seules références de monnaie locale sont le Chiemgauer, l’Ithaca, le WIR…

Ce que nous comprenons au début, avec une intention de pratiquer d’autres échanges :

  • le doublement des unités monétaires : les euros sont épargnés, les MLC sont consommés.
  • les Euros déposés sur le fonds de garantie sortent ainsi du circuit de l’économie mondiale, financiarisée, spéculative.
  • la présence de critères dans la sélection des prestataires permet de ne pas faire n’importe quoi, avec n’importe qui, n’importe comment  (critères écologiques en particulier)
  • la relocalisation des échanges permet d’espérer une ré-appropriation citoyenne des usages de la monnaie : à une échelle locale, donc plus humaine
  • enfin, certains projets ajoutent une fonte (non pas une perte de valeur proportionnelle mais une perte de validité à échéance fixe ou glissante)

2- Mais des difficultés sont apparues (ou : on en a pris plus ou moins fortement, plus ou moins rapidement, conscience) : j’en isolerais 3

  1. Le fonds de garantie doit-il le rester ou bien doit-il, en partie du moins, devenir un fonds de réserve pour permettre à l’association porteuse de disposer de ce fonds pour des « investissements éthiques » ?
  2. Passé le premier temps de l’euphorie, les résultats quantitatifs sont maigres : beaucoup plus difficiles de trouver des utilisateurs que des prestataires ; les volumes sont confidentiels (surtout ramenés à la population du bassin de vie concerné).
  3. Enfin, s’il s’agit simplement de faire de l’économie autrement, on reste prisonnier de l’économie.

3- Sur ces trois difficultés, je défends des positions radicales :

  1. l’intérêt des MLC n’est pas de consommer autrement mais bien d’épargner, de redistribuer, de financer autrement : il faut donc toucher au fonds de réserve et l’utiliser (difficulté juridique en vue : la banque de France et son bras technique, l’ACPR. Pour un point là-dessus, voir : http://monnaie-locale-complementaire-citoyenne.net/wp-content/uploads/2014/01/Elements-de-debat-ACPR.pdf)
  2. Relocaliser, écarter des circuits financiers, freiner la spéculation ne sont pas des objectifs suffisants pour faire venir aux projets de MLC une masse critique significative d’utilisateurs ; ces objectifs sont nécessaires mais ils ne sont que des conditions pour un saut qualitatif vers autre chose que se contenter de dynamiser l’économie locale, ou créer des emplois (il faut savoir jusqu’à quel point nous devons porter les principes de transformation sociale mis en avant dans le Manifeste du réseau des MLC).
  3. Enfin, l’obligation théorique (et donc politique) de beaucoup de projets de ne pas se satisfaire des doctrines officielles sur la monnaie leur ont fait découvrir que notre compréhension première de la monnaie était erronée ; nous avons tous répété que l’argent aurait été inventé pour résoudre les problèmes du troc, problèmes qui se poseraient à des humains qui seraient spontanément et naturellement producteurs de surplus qu’ils rêveraient d’aller échanger sur des marchés (nous ne produirions pas pour nos besoins mais pour des gains). or ce récit est faux ou plus exactement cette « fable du troc » est une mise en scène libérale pour justifier une certaine conception de l’économie (précisément celle que nos intentions de départ voulaient refuser) : un grand merci à jean-Michel Servet pour ces travaux et son intérêt pour nos projets : http://monnaie-locale-complementaire-citoyenne.net/servet-villeneuve/

A Romans, avec Annie Vital, nous traduisons ces positions en nous appuyant sur la distinction que nous proposons de faire entre « argent » et « monnaie » : http://www.objectiondecroissance.org/wp-content/uploads/2013_MLC+tableau.pdf

Nous espérons que les projets de MLC ont des ambitions politiques, que c’est là le « pourquoi » qui les porte :

  • Au coeur de ces ambitions, il y a l’urgence de la transition.
  • Au coeur de la transition, il y a la sortie d’un monde où l’argent est roi, est tyran (impérialisme de la liquidité).
  • Au coeur de nos eSpérimentations monétaires de MLC, il y a la découverte d’une transition : de l’argent (entre ceux qui ont des euros pour échanger entre eux, pour « redynamiser l’économie locale ») à la monnaie (pour partager, économiquement et symboliquement entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas).

Ce n’est qu’une contribution à un débat, un débat de fond (qu’est-ce qu’on fait du fonds ?), qu’il me semble difficile d’escamoter…

Pour finir, je rajoute 2 autres difficultés et une perspective.

  • Difficulté supplémentaire 1 : la façon dont nous évaluons ou laissons évaluer nos projets. Classiquement l’évaluation se veut « objective » et pour cela elle est : quantitative, descendante (top-down) : combien d’utilisateurs, de prestataires, le volume de MLC en circulation, le volume par utilisateurs, voire le (mythique) taux de rotation. A cette espèce d’évaluation, je crois que nos projets doivent avoir l’audace de préférer une évaluation plus qualitative, plus citoyenne (et donc ascendante, bottom-up). Quand bien même nous resterions quantitativement faibles, l’important -c’est-à-dire le sens de nos projets – est-il vraiment là ?
  • Je comprends bien qu’en réalité il faudrait que nos projets se placent entre un plancher (en dessous duquel nous resterions invisibles) et un plafond (au-delà duquel, la taille de nos projets risquerait de mettre en péril notre ambition d’une réappropriation citoyenne de nos usages monétaires).
  • Je mets en lien une esquisse d’évaluation pour nos eSpérimentations alternatives et je renvoie à un texte écrit au début du projet de la Mesure : Réussir la Mesure – Mesurer les réussites.
  • Difficulté (politique) supplémentaire 2 : la fable du troc qui, c’est mon analyse, a aiguillé dès le départ beaucoup de nos projets de MLC sur une voie insatisfaisante, n’est que la version monétaire de toute une série de fables qui assure le story telling du libéralisme : toutes ces fables inventent un faux commencement de la vie sociale : comme si elle résultait d’une décision volontaire d’individus séparés qui auraient compris que leur intérêt particulier bien compris était de faire l’union.
  • Ce type de fables (qui depuis le 17ème siècle nourrit les débats de ce que l’on appelle « l’ecole du Droit naturel ») a des conséquences très importantes sur la manière dont nos projets peuvent être « gouvernés ». J’en donne un seul exemple : est-ce la même chose de dire qu’il y a des « porteurs de projet » que de dire que « c’est le projet qui nous porte » ?

Une perspective (que je crois enthousiasmante) :

  • la relocalisation, les critères éthiques, la fonte ne concernent en fait qu’une autre manière de consommer. C’est cette autre consommation qui – par le doublement de la monnaie – rend possible une autre épargne.
  • l’autre manière d’épargner/investir devrait avoir l’audace de toucher au fonds de réserve pour retrouver une autre finance solidaire.
  • Mais des alternatives solidaires à la finance (avec des prêts à taux faibles ou nuls, avec du capital risque solidaire), il y a en a déjà tout un stock (aussi bien citoyennes – les cigales par exemple – qu’institutionnelles…) : alors, quel est l’intérêt pour un projet de MLC de « risquer » son fonds de réserve » ?
  • Hypothèse : et si c’était dans la mutualisation des risques, donc des dettes entre tous les adhérents de l’association porteuse (sur le modèle d’une caution solidaire pour un prêt de la Nef) ?
  • C’est donc bien sur la dette que se jouerait toute la différence entre l’argent (qui viserait seulement à liquider les dettes) et la monnaie (qui viserait tout au contraire à consolider les dettes parce que ce sont des liens sociaux – Merci encore une fois aux travaux de Jean-Michel Servet). [Chacun peut voir que pour se sentir ainsi liés à une communauté, il faut avoir abandonner la fable individualiste de la société comme décision d’individus séparés et pré-existants à la vie sociale].

Michel Lepesant (http://decroissances.blog.lemonde.fr/)

3 commentaires sur “Une courte histoire des MLC en France”

  1. Bonsoir !

    Quid de « la pive » prévue pour début 2016..ou 2017 en Franche Comté ?

    Merci pour votre réponse.

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